Comment j’ai vaincu la polyarthrite rhumatoïde – Partie 5

En mars 2024, je partais en voyage d’affaires aux États-Unis, à New York, pour un séminaire d’équipe important. Malgré la maladie, je me donnais à fond dans mon travail, encore plus qu’avant, car je venais d’obtenir une promotion tant attendue et je voulais être à la hauteur de ce nouveau rôle.

Je voulais faire abstraction de mes problèmes de santé. Mais au fond de moi, je savais que ce voyage allait être compliqué, car en déplacement, on ne maîtrise rien, pas de cuisine, donc pas de contrôle, chaque repas est à l’extérieur.

J’avais pris avec moi le méthotrexate, l’immunosuppresseur prescrit par mon rhumatologue. Je n’avais plus le choix : mes derniers résultats sanguins n’avaient pas été bons du tout, malgré tous les efforts que j’avais faits sur mon alimentation pour tenter de réduire l’inflammation. Je comprendrai plus tard pourquoi ces efforts n’avaient pas encore porté leurs fruits à ce moment-là, je vous en parlerai dans la suite de mon histoire.

Le médicament était à prendre le vendredi, à dose réduite pour que mon corps s’y habitue progressivement. En attendant, j’avais toute la semaine devant moi à gérer.

Je m’étais donné comme règle de maintenir mon alimentation végétalienne et sans gluten autant que possible. Mais la réalité du terrain était une autre histoire.

Chaque matin, on quittait l’hôtel en groupe avec les collègues et, naturellement, tout le monde s’arrêtait dans un café sur le chemin pour prendre un petit-déjeuner : café et viennoiseries. Pour moi, c’était le même rituel frustrant à chaque fois : entrer, parcourir le menu du regard, espérer trouver quelque chose, et repartir bredouille. Faute de mieux, je prenais un latte ou un mocha au lait d’amandes et des fruits. Pas franchement de quoi tenir une matinée entière.

Le midi, c’était pareil. Les collègues proposaient un endroit, tout le monde suivait. Je ne me voyais pas dire « je ne peux pas manger comme vous » ou demander à voir le menu avant d’accepter, je ne voulais pas paraître difficile. J’essayais quand même de m’échapper pour certains repas, en tapant « vegan restaurant » sur Google Maps à la recherche d’une alternative plus saine.

Un jour, je suis entrée dans un restaurant qui se présentait comme entièrement vegan. Le menu proposait des imitations de plats classiques, mais en version végétale. J’ai passé commande en pensant avoir fait le bon choix. J’ai vite regretté. C’était bizarre et j’avais l’impression de manger du plastique. Je n’ai pas pu finir.

Ce repas m’a ouvert les yeux sur quelque chose d’important : vegan ne veut pas dire sain. Le concept à la base est bien et bon pour la santé, mais il est devenu un terme marketing qui permet de vendre n’importe quoi du moment qu’il n’y a pas de produit animalier. Certaines imitations de plats en version « vegan » sont souvent parmi les aliments les plus ultra-transformés : graisses trans, additifs, texturants industriels. Au final, pires pour la santé que bien des plats conventionnels.

Après ce repas, j’ai eu une crise inflammatoire…

Et là, comme souvent dans ces moments-là, une pensée revenait me hanter : pourquoi moi ? Pourquoi est-ce que je devais surveiller chaque bouchée, calculer chaque repas, sous peine de souffrir, quand mes collègues mangeaient ce qu’ils voulaient, sans y penser, et n’avaient pas de problème comme moi (en tout cas de ce que je pouvais voir) ? Je ne comprenais pas cette injustice.

Je me disais aussi : je n’avais pas non plus eu une vie complètement folle pour en arriver là. Le MacDo ne faisait pas partie de mes habitudes, je n’étais pas quelqu’un qui abusait de la nourriture industrielle en permanence. Certes, je ne mangeais peut-être pas assez de fibres, mais quand même. Alors pourquoi ?

Je sais aujourd’hui que ce n’est pas aussi simple. Notre corps est le reflet de bien plus que notre alimentation seule. Notre vécu, nos émotions enfouies, notre stress chronique, nos non-dits, tout cela contribue à créer un terrain acide dans l’organisme, propice au développement des maladies. L’alimentation est un facteur majeur, mais elle n’est pas le seul. Et puis, qu’est-ce qu’une bonne alimentation ? Dans le cadre de ma nouvelle carrière en nutrition, je rencontre beaucoup de personnes qui ont des problèmes de santé et qui me disent qu’elles mangent sainement. Malheureusement quand je creuse, je découvre que beaucoup pensent manger sainement sans que ce soit vraiment le cas, et c’était mon cas aussi, je l’avoue.

À notre époque, il faut vraiment s’éduquer proactivement pour savoir comment manger sainement et se détoxifier efficacement, car il est de plus en plus difficile de ne pas être exposé au stress, à la pollution, à la nourriture transformée, aux produits chimiques et perturbateurs endocriniens, qui tous, contribuent à agresser notre corps.

Aujourd’hui, il existe plus de 100 maladies auto-immunes1. Une personne sur dix est touchée dans le monde2. Plus de 15 millions d’Américains vivent avec une maladie auto-immune1, et 80 % des patients sont des femmes3. Ces chiffres sont alarmants et en constante augmentation, principalement dans les pays dits développés. Nous avons accès à la nourriture, à l’eau, et pourtant nous tombons malades, souvent à cause de ce que nous mangeons ou de ce que nous ne mangeons pas assez. C’est l’un des paradoxes les plus douloureux de notre époque.

Cette semaine-là, nous avons eu un dîner d’équipe au restaurant avec tout le management. Pour la majorité des gens, c’est un moment agréable. Pour moi, c’était une source d’anxiété supplémentaire. Le choix s’était porté sur un restaurant mexicain. Je me suis dit : « Pas de gluten, ouf! » La soirée s’est bien passée, j’ai mangé des tortillas au maïs et des crevettes.

Le lendemain, mon genou était méconnaissable. Douloureux, gonflé, et je boitais. J’arrivais encore à marcher, mais à peine normalement. Je faisais tout mon possible pour que mes collègues ne remarquent rien. J’apprendrais plus tard que le maïs est très souvent génétiquement modifié,en effet, 92% du maïs aux États-Unis est génétiquement modifié4, et que pour beaucoup de personnes souffrant de maladies inflammatoires, il peut déclencher des crises.

La dernière chose que je voulais, c’était des questions sur ma santé. J’ai toujours été très discrète sur ma vie personnelle, et encore plus sur ma santé. Alors je jouais mon rôle, comme si tout allait bien.

C’est fou ce que le corps peut encaisser quand on en a besoin. Il tient, il tient, il tient, jusqu’à la première accalmie, et là il lâche tout, comme pour nous rappeler qu’on a poussé les limites trop loin.

C’est exactement ce qui s’est passé le dernier jour de ce voyage à New York.

En attendant mon vol pour Hong Kong dans le lounge de l’aéroport, je m’étais changée en tenue confortable et je travaillais sur mon ordinateur. La douleur dans mon genou s’intensifiait à vue d’œil. Je priais intérieurement pour qu’elle se calme avant l’embarquement. Le vol durait 15 heures.

Une fois à bord et assise à ma place, la douleur est devenue intenable. Chaque millimètre de mouvement de ma jambe me faisait hurler de l’intérieur. J’ai commencé à pleurer, de douleur d’abord, puis de rage. De la rage contre cette maladie qui s’invitait partout dans ma vie, qui m’empêchait d’être simplement moi, simplement là. J’en avais vraiment assez.

Les hôtesses de l’air ont vu mon genou gonflé et surtout ma détresse. Elles ont réagi immédiatement, ont appelé du renfort. J’ai compris avec leurs questions et leurs paroles envers moi qu’elles se demandaient si c’était les signes d’une embolie pulmonaire proche, si je devais être débarquée d’urgence. Et là, pour la première fois, j’ai eu peur moi aussi. Et si ce n’était pas qu’une crise de polyarthrite ? Et si c’était plus grave ? Après tout, je ne connaissais pas assez cette maladie et tous les risques potentiels associés.

J’ai réussi à leur expliquer ma maladie, je leur ai dit que c’était sûrement « juste » une de mes crises inflammatoires. Finalement rassurées, elles m’ont apporté de la glace. J’ai posé la glace sur mon genou et je me suis endormie.

À mon réveil, la douleur s’était atténuée, mais pas assez pour marcher normalement. Je suis sortie de l’avion en chaise roulante.

Une expérience difficile de plus. Je réalisais, une nouvelle fois, à quel point cette maladie avait envahi toute ma vie. Même un voyage professionnel qui aurait dû être un moment de remotivation se terminait ainsi.

De retour à Hong Kong, quelque chose avait changé en moi. Mon rhumatologue, les médecins, internet, tous disaient la même chose : la polyarthrite rhumatoïde ne se guérit pas. On la gère, on la contrôle, mais on ne s’en débarrasse pas.

Je ne pouvais pas accepter ça. Je n’acceptais pas l’idée de vieillir diminuée, d’être un poids pour mon mari, de ne pas pouvoir être pleinement là pour mes enfants. Ce n’était pas l’avenir que je voulais pour moi et pour ma famille.

J’ai commencé à ressentir une rage profonde de m’en sortir, c’est ce que ma mère m’avait appris et montré tout au long de sa vie. Ne jamais s’apitoyer sur son sort et avoir la rage de vaincre. J’ai pris une décision ce jour-là : je me battrais pour retrouver ma santé à tout prix.

Parce que c’est souvent quand la douleur devient plus forte que la peur du changement, que les vraies transformations commencent. C’est ce qui s’est passé pour moi.

Dans la partie 6, je vous raconterai quels sont les premiers changements qui m’ont permis de débuter mon chemin vers la guérison.


Références

1Mayo Clinic News Network (2025) ‘New study calculates autoimmune disease prevalence in U.S.’, Mayo Clinic News Network, 6 January. Available at: https://newsnetwork.mayoclinic.org/discussion/new-study-calculates-autoimmune-disease-prevalence-in-u-s/ (Accessed: June 2026).

2 Zheng, J., Lee, Y. and Leong, P. (2024) ‘The Modern Epidemic of Autoimmunity’, International Journal of Rheumatic Diseases, 27(11), e15426. doi: 10.1111/1756-185X.15426. Available at: https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1756-185X.15426 (Accessed: June 2026).

3Angum, F., Khan, T., Kaler, J., Siddiqui, L. and Hussain, A. (2020) ‘The Prevalence of Autoimmune Disorders in Women: A Narrative Review’, Cureus, 12(5), e8094. doi: 10.7759/cureus.8094. Available at: https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7292717/ (Accessed: June 2026).

4 USDA Economic Research Service (2025) Adoption of Genetically Engineered Crops in the United States: Recent Trends in GE Adoption. United States Department of Agriculture. Available at: https://www.ers.usda.gov/data-products/adoption-of-genetically-engineered-crops-in-the-united-states/recent-trends-in-ge-adoption (Accessed: June 2026).