Comment j’ai vaincu la polyarthrite rhumatoïde – Partie 4

En février 2024, lorsque j’ai été diagnostiquée de la polyarthrite rhumatoïde (j’ai raconté le diagnostic dans mon premier article) et que j’ai compris qu’il fallait que je cherche moi-même comment m’en sortir, il y a eu beaucoup de hauts et de bas.

Suite à la prise du méthotrexate et à ses effets très difficiles à supporter sur mon corps, j’ai demandé à mon médecin un délai d’un mois sans les immunosuppressants que je devais normalement prendre. Je lui ai demandé de me laisser essayer de réduire l’inflammation naturellement.

Je lui ai expliqué que cela avait fonctionné dans le passé avec la maladie de Basedow, que j’avais pu contrôler mon hyperthyroïdie grâce à des changements alimentaires. En effet, même si je n’avais pas réussi à maintenir certains changements alimentaires sur le long terme, j’avais expérimenté leurs bienfaits sur ma santé à chaque fois que j’avais fait des efforts. Je voulais donc vraiment croire qu’il était possible que l’alimentation aide aussi pour la polyarthrite rhumatoïde.

Il m’a regardée, surpris, et a dit : « Vous pouvez essayer, mais pour cette maladie cela ne changera rien. Il faudra revenir faire des analyses sanguines régulièrement, car votre inflammation risque de continuer d’augmenter, et si cela se poursuit, vous risquez d’avoir des déformations. »

J’étais tout à fait d’accord pour revenir me faire tester régulièrement. Au contraire, cela me rassurait, car je n’étais pas folle : je connaissais les risques si l’inflammation continuait d’augmenter. Mon rhumatologue m’avait tout montré dès notre premier rendez-vous, avec ce livre de photos de mains et de membres déformés que je n’oublierai jamais.

Mes doigts étaient déjà très douloureux, et mon genou aussi.

J’ai immédiatement pris rendez-vous avec le naturopathe qui m’avait aidée pour la maladie de Basedow, même si je n’avais pas réussi à suivre ses conseils sur le long terme.

Je lui ai expliqué la situation et il m’a immédiatement donné des recommandations ainsi que différents compléments pour aider à réduire l’inflammation de manière plus naturelle et soutenir mon système immunitaire. Au total, j’en avais quatre ou cinq à prendre chaque jour.

Il m’a immédiatement demandé d’arrêter les produits animaux et de passer à une alimentation végétalienne (vegan), d’éviter le gluten, et m’a proposé de faire un test de microbiome ainsi qu’un test d’intolérances alimentaires pour mieux comprendre ce qui pourrait être à l’origine de mon auto-immunité.J’ai accepté, même si c’était un budget.

Les tests ont révélé des intolérances surprenantes que je n’avais pas auparavant, comme l’intolérance au blanc d’œuf, alors que je n’avais jamais eu connaissance d’une telle intolérance et je n’avais jamais eu de problème après avoir mangé des œufs. Les tests ont aussi confirmé une intolérance à tous les produits au lait de vache, ce qui n’était pas une surprise : mon naturopathe m’avait expliqué qu’à l’âge adulte nous n’avons plus les enzymes nécessaires (la lactase) pour digérer le lait, car nous ne sommes plus censés en boire. Les populations asiatiques et africaines, en particulier, sont en grande majorité intolérantes au lactose.1

Mon test de microbiome montrait également un très faible taux d’acides gras à chaîne courte. Je ne savais pas du tout ce que cela signifiait à l’époque. J’apprendrais plus tard que c’était révélateur d’un déséquilibre de mon microbiome intestinal et notamment d’un manque de fibres. En effet, ce sont les fibres que nous ingérons qui nourrissent les bonnes bactéries de notre microbiome. Ces bonnes bactéries fermentent en retour les fibres dans le côlon pour produire ces acides gras à chaîne courte, comme le butyrate, l’acétate et le propionate. Ces acides gras à chaîne courte sont critiques pour la santé intestinale : ils régénèrent la muqueuse intestinale, soutiennent la production de mucus intestinal, et réduisent l’inflammation. Un manque d’acides gras à chaîne courte signale une inflammation du système digestif et est le précurseur de troubles métaboliques (diabète, obésité, …)2 et troubles de l’humeur ou neurologiques.3

En plus des compléments alimentaires, je devais suivre une alimentation strictement végétalienne comme recommandé par mon naturopathe.

J’étais motivée à m’en sortir, mais je n’avais pas beaucoup de notions en nutrition. Pour moi, vegan voulait dire uniquement des légumes. J’ai commencé à adopter ce régime sans savoir que je le suivais de la mauvaise façon!

Au bout de quelques jours, je me sentais assez faible. J’avais perdu beaucoup de poids et je sentais que j’étais à deux doigts de m’évanouir pendant mes conférences téléphoniques du soir, même assise dans mon fauteuil de bureau. Je vivais encore à Hong Kong et j’avais beaucoup de réunions en soirée avec les États-Unis, ce qui était vraiment difficile.

Quand je suis allée voir mon naturopathe et que je lui ai expliqué ce qui m’était arrivé, il a été surpris et m’a expliqué que, bien sûr, vegan ne voulait pas dire sans féculents. Il me fallait des glucides pour mon énergie, et je devais manger aussi des grains sains comme le riz brun, le quinoa, le sarrasin, etc.

J’ai donc ajusté mon alimentation. Mais à cette époque, j’essayais de cuisiner un repas spécial pour moi et un autre repas pour mon mari et les enfants, car après tout, eux n’étaient pas malades, c’était comme cela que je réfléchissais à l’époque.

Je m’étais ajoutée, sans m’en rendre compte, des contraintes supplémentaires qui ont engendré beaucoup de frustration. Fatiguée d’avoir à préparer des repas différents, et heureusement que j’avais à l’époque l’aide d’une nanny.  Pour être honnête, j’étais assez frustrée de voir ma famille manger des choses qu’ils appréciaient, alors que moi je n’appréciais pas du tout ce que je mangeais à cette période. Je trouvais ma nourriture fade et je mangeais par contrainte, par peur de la maladie, plus que par goût.

Même si je n’appréciais pas ce que je mangeais, je faisais énormément d’efforts pour suivre ce régime alimentaire, car je voulais guérir. J’imaginais sans cesse la scène où je retournerais voir mon rhumatologue et où, en regardant mes derniers résultats sanguins, il me dirait : « Mais qu’avez-vous fait ? Tous vos marqueurs d’inflammation ont disparu ! » Je pensais constamment à cela. À cette période, même si j’avais toujours la maladie de Basedow et le syndrome de Sjögren en plus de la polyarthrite, c’est cette polyarthrite qui me pourrissait la vie et dont je voulais me débarrasser à tout prix, en priorité.

En parallèle, je faisais tellement de recherches sur ce qu’il fallait manger pour réduire l’inflammation que j’ajoutais aussi tous les aliments réputés « healthy » comme les myrtilles, les framboises, etc. Je suivais toutes les tendances que je voyais: sur les blogs,  les vidéos youtube de certains influenceurs “healthy”, en fait j’étais vraiment perdue, je peux dire avec le recul.

Au bout d’un mois, il était temps du suivi chez mon rhumatologue. Je devais faire une prise de sang comme convenu pour voir l’évolution de ma maladie. Je redoutais ce moment. J’avais toujours mal aux doigts, et souvent aux épaules et aux poignets, donc ce n’était pas bon signe, mais j’espérais quand même que les résultats confirmeraient une diminution de mon inflammation et que je serais autorisée à continuer mes efforts alimentaires.

Malheureusement, ce rendez-vous ne se passera pas comme je le souhaitais. Mon rhumatologue m’annonça que mes marqueurs d’inflammation avaient au contraire augmenté et qu’il fallait que je commence le traitement. J’étais désespérée et en colère intérieurement. Comment avais-je pu faire tous ces efforts ces dernières semaines pour obtenir un résultat encore pire que le mois précédent ? J’étais fichue.  Je ressentais un immense sentiment d’injustice. Je n’allais donc pas pouvoir éviter le traitement au méthotrexate…

En attendant, la vie continuait, avec ses responsabilités familiales et professionnelles. Au moment où j’avais été diagnostiquée de la polyarthrite rhumatoïde et où ma santé s’était effondrée, j’avais été promue au même moment. Je venais d’obtenir le poste que je souhaitais. Beaucoup de personnes me félicitaient de mon succès professionnel, sans savoir que personnellement au niveau de ma santé, c’était la descente aux enfers.

Dans le cadre de mes nouvelles responsabilités, je devais voyager aux États-Unis pour un séminaire d’équipe. J’appréhendais un peu à cause de ma maladie, et en même temps j’avais hâte de ce voyage pour faire un très bon début dans mon nouveau rôle. C’était donc un voyage important.

Malheureusement, ce voyage ne se passera pas comme prévu. Je serai mise encore une fois face à  la réalité de ma maladie et le fait que même un évènement simple comme un dîner au restaurant avec des collègues, n’était plus sans conséquences pour moi. Ce voyage s’achevera avec un retour très douloureux et triste.


References:

1Itan, Y., Jones, B.L., Ingram, C.J.E., Swallow, D.M. and Thomas, M.G. (2010) ‘A worldwide correlation of lactase persistence phenotype and genotypes’, BMC Evolutionary Biology, 10(36). Available at: https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2834688/

2Du, Y., He, C., An, Y., Huang, Y., Zhang, H., Fu, W., Wang, M., Shan, Z., Xie, J., Yang, Y. and Zhao, B. (2024) ‘The role of short chain fatty acids in inflammation and body health’, International Journal of Molecular Sciences, 25(13). Available at: https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11242198/

3 Zhang, R., Wang, R., Wu, H., Huang, Z., Liang, J., Zhang, R., Jiang, F. and Song, Y. (2025) ‘Gut microbiota as a novel target for treating anxiety and depression: from mechanisms to multimodal interventions’, Frontiers in Microbiology, 16. Available at: https://www.frontiersin.org/journals/microbiology/articles/10.3389/fmicb.2025.1664800/full